L'ego... en construction
Se relier à la Conscience par la conscience,
tout un programme. Cette conscience de la conscience est vivre,
ressentir, percevoir ce que certains se plaisent à appeler la
« Présence » soit être là, présent à Soi-même et à
nous-même, idéalement de façon simultanée. C'est ce qui nous
est dit dans la tradition occidentale par : « Je suis le
cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je
demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien
faire. » (Jean 15:5)

« Celui qui demeure en moi » : c'est se reconnaître dans le point de vue de l'absolu et « en qui je demeure » : c'est reconnaître le point de vue relatif mais ordonner par la relation à l'absolu.
« Celui qui demeure en moi et en qui je demeure » fait référence au double aspect du Tao mais aussi à sa Vertu ou sa puissance (le « Te » du « Tao Te King »), puissance appelée Esprit saint selon le point de vue chrétien comme le suggéré par « « le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance » (Galates 5:22). Pour éviter tout malentendu, en m'appuyant sur ces citations bibliques, je m'appuie sur le message chrétien comme tel et non sur les systèmes catholique, orthodoxe, protestant ou autre qui en sont des modélisations, des interprétations qui pourront aider les individus en fonction de leur mentalité. Cette remarque peut s'appliquer à d'autres formes traditionnelles.
Adopter ces « fruits » que l'on peut appeler « valeurs » en termes plus modernes, c'est adopter une attitude visant à la connaissance de soi, à la construction de soi. C'est se donner une « morale » de vie, une volonté tournée vers une amélioration de nos relations vers un mieux-être. Cette « conduite de vie volontaire » implique les relations que nous avons vis-à-vis de nous-même et vis-à-vis des autres, humains et règnes de l'existence.
Il faut bien comprendre que l'on ne peut connaître et se connaître qu'en construisant et l'on ne peut construire qu'en connaissant. Comprenant ce fait, il est facile d'en déduire que la pratique est importante, nécessaire et même qu'elle peut se suffire à elle-même si orientée vers le bien, le beau, le vrai, trois aspects indissociable dans la vie : le vrai est beau et bien, le beau est vrai et bien, le bien est beau et vrai. Ceci ne prend son sens que dans une démarche spirituelle, de sagesse ou de sainteté - selon le point de vue pris.
L'ego se construit en fonction des relations établies avec l'entourage en général et en fonction de l'éducation et l'instruction reçues, comme chacun le sait. Mais l'ego a le choix du chemin à suivre et l'accès à ce choix ne peut se faire que dans l'intériorité de la conscience, par un retour sur soi-même. Parions donc qu'il choisira de se tourner vers la Vie, porté par des valeurs visant à l'harmonie, au mieux-être au gré des circonstances pas toujours facile. Ce n'est pas un hasard que le Bouddha propose de se libérer de « dukka », de l'insatisfaction répétée dans la vie. Si tel est son désir, il veillera à modeler un mental suffisamment harmonieux caractérisé par un ensemble de compétences, de qualités telles que l'Être et la Connaissance du Soi puisse prendre demeure en lui, et lui en Soi.
Se pose la question : oui mais quelle(s) pratique(s)? En fait, il n'y en a qu'une pratique qui est toute intérieure et qui s'appuie, en tout cas peut s'appuyer, sur toute activité. C'est pourquoi cette pratique permet d'harmoniser les relations que l'individu établit avec l'entourage et avec lui-même dans la conscience qu'il prend de sa dépendance totale à l'univers. C'est cette pratique qui ouvre la porte vers la dimension absolue en nourrissant la fonction spirituelle qui, elle, initie et soutient cette pratique. Cette fonction spirituelle est indépendante de toute doctrine ou croyance - philosophique, religieuse, spirituelle, scientifique et autres - alors même que c'est à partir d'elle que se construisent ces doctrines et croyances.
Mais c'est parce que ces constructions diverses en sont l'effet, que ces effets permettent de se relier à la cause, chacun pouvant adopter l'un ou l'autre de ces supports qui appartiennent au patrimoine de l'humanité. C'est ce qui explique qu'il suffit d'écouter sa conscience, de suivre les incitations morales naturelles à faire le bien, à protéger la vie. C'est ce qu'on appelé, entre autre, la « Loi Morale » toute spontanée. Mais elle aussi a été l'objet de formulations diverses bien que le fondement reste identique ; fondement aux multiples aspects : fraternité, amour, compassion, connaissance, conscience.
Une doctrine, quelle qu'elle soit, si elle se sclérose en un objet mental, elle devient un poison, une arme destructrice, le plus souvent sous la forme d'une idéologie même si celle-ci est décorée d'un nom divin.